démarche

La pratique artistique de Patrick Dionne et Miki Gingras est un reflet de la condition humaine depuis les négociations et conflits qui se développent dans l’environnement.

À travers le médium photographique, ils s’insèrent à l’échelle locale pour exposer les récits racontés par et pour les personnes, enrichies de témoignages, de récits, de chroniques d’histoires ordinaires et non officielles. Ces micro-narrations composent les murales, les photomontages et les animations photographiques élaborés minutieusement par le duo d’artistes à partir d’appareils numériques leur permettant d’explorer différentes sémantiques de l’image. Depuis 1999, Patrick Dionne et Miki Gingras se déplacent tels des oiseaux migrateurs à l’intérieur des terres, pour traverser le continent dans leur légendaire camionnette et s’installer au fil des saisons sous différentes latitudes méridionales. Le Nicaragua, le Guatemala, la Colombie et le Mexique ont ainsi été des lieux de rencontre avec des réalités culturelles et identitaires diverses, qui s’intègrent dans leur travail artistique nomade et transfrontalier. Les stratégies audiovisuelles participatives articulent l’axe autour duquel convergent les expériences personnelles, les mémoires collectives, les revendications politiques, les luttes environnementales, les usages et les coutumes qui composent une ethnographie de la vie quotidienne, de la vie de quartier. Ce néo-muralisme photographique participe au dialogue entre les traditions culturelles du sud et du nord, grâce à une approche intuitive où le sens collectif domine le champ visuel.

Œuvres publiques

À travers de murales participatives, Patrick et Miki ont développé un corpus cohérent d’œuvres publiques mettant en évidence la participation des citoyens à partir de différentes pratiques collectives consolidant la vie de quartier.

La ville considérée comme une expression collective du territoire est le point de rencontre pour la reconstruction de l’histoire locale, comme dans le cas de Tracadigash(2016-2017) qui s’est déroulé à Carlton sur Mer, dans la péninsule gaspésienne. Avec la complicité de ses habitants, qui ont partagé leurs témoignages et prêté leurs archives visuelles tant personnelles que publiques, les artistes ont créé un collage photographique rappelant les us et coutumes de cette ville côtière. Lors des Cueilleurs d’histoires(2014), les témoignages des participants ont été utilisés pour créer une installation visuelle et sonore. Il était possible d’écouter les témoignages et d’observer à l’aide du télescope les silhouettes photographiques des habitants qui étaient placées l’île Bonaventure dans le golfe du Saint-Laurent.

Dans le projet d’intégration architecturale L’Envol(2015) de l’École Marc-André Fortier de Châteauguay, de la Commission scolaire des Grandes Seigneuries, plusieurs enfants participé la construction de cette arbre photographique fait à partir d’un vire-vent, symbole de l’apprentissage collectif : « Pour prendre son envol, l’enfant doit découvrir ce qui lui donne des ailes ». Alors que Ravissement(2015), associe la population du quartier Saint-Jean-Baptiste de la ville de Québec à un projet d’animation photographique, exposé dans huit vitrines de la rue Saint-Jean dans le cadre de la biennale Manif d’art 8 de 2017.

L’appropriation et la responsabilisation par le biais de l’utilisation de l’espace public sont explorées dans Morcha (2017-2018) qui s’est tenue dans le cadre du festival Kola Ghoda Art de Mumbai, en Inde, où ils ont invité les passants à prendre des photographies ou des selfies qu’ils ont intégrés dans un mouvement de protestation sociale virtuelle (मोर्चा’/ Morcha). Ainsi, leurs œuvres publiques récupèrent l’action commune des différentes énergies citoyennes créatrices de la vie urbaine, comme dans Synergie (2017) qui s’inscrivait dans le cadre du 375e anniversaire de la ville de Montréal au cœur du Plateau Mont-Royal.

Nuria Carton De Grammont
Commissaire et historienne de l’art

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